Yannick Peters, Dom Guyétand

 

Cela faisait longtemps que Yannick me tannait pour que je l’emmène à la Douveraine. Mais, derrière ce trou à la fois physique et exigent (très nombreux passages étroits entre autres), se cachent aussi d’autres complications dont il faut tenir compte : plusieurs trémies et autres joyeusetés similaires, rendent très problématiques une évacuation en civière. Aussi, il est important et surtout intelligent d’y aller avec une météo sûre et sur du long terme.

Ce mardi anticyclonique est tout indiqué, malgré une sortie prévue initialement au chantier du Chamois. Tant pis pour la « première », les seaux attendront, allons donc nous remotiver sur ce trou de 2 km, très très peu fréquenté, où nous avons réalisé plein de premières il n’y pas si longtemps. 

 

A 7 h, on se retrouve comme d’habitude, puis filons pour remonter la vallée du Tacon qui se réveille. La route de l’Enversy et la piste forestière interdite qui suit, montrent les stigmates d’une intense activité sylvicole. Entendez par là, une noria de camions évacue des centaines de tonnes de bois, les hectares de coupes rases en attestent. Aussi, une fois au bout du chemin, il faut bien calculer le lieu où l’on va poser la voiture. 

 

Aujourd’hui, il est temps de changer toutes les cordes fixes destinées à la progression dans le canyon sec où se trouve l’entrée. Donc durant une bonne demi-heure, on coupe, on tranche dans les cordes raidies par le temps, pour les remplacer par 50 m en meilleur état. 

 

Au trou, le tuyau est silencieux et calme, à cause de l’équipression des 2 masses d’air. En clair, rien ne souffle à cette heure car il fait froid. Une fois à l’intérieur, comme nous avons beaucoup de temps devant nous, ce sera une longue visite des coins et recoins, notamment ceux qui nous ont tenu en haleine ces dernières années. Chaque étroiture, chaque difficulté recalibrée est l’objet d’une auscultation en règle. 

 

Cette cavité est également très atypique géologiquement parlant, avec une stratigraphie peu commune, des érosions remarquables, du conglomérat en brèche, des remplissages de varves glaciaires rarement aussi belles. Partout des cheminées, des mini concrétions, des coulées singulières, des énigmes de corrosion. Bref, on se régale, on en prend plein les yeux ! 

Vers le fond du fond, nous attaquons les remontées dans les cheminées de la Colonne, puis de l’Arche, avec au passage de nouvelles varves magnifiques et les fameux « graviers glacés » qui donnent leur nom à la galerie. Beaux souvenirs de première avec Vincent (10 et 17 avril 2011) On pourrait presque rebaptiser les lieux la "galerie des gendarmes"…
Tout en haut, on se retrouve 
les deux,  accrochés pieds dans le vide à 36 m de haut sur 2 multimontis à l’entrée du méandre du Serpent, où l’étroitesse et la configuration calme un peu. Souvenirs… 

Il faudra absolument revenir pour modifier l’équipement incomplet, la faute à une panne d’accus à l’époque.

 

De retour dans les étages inférieurs, pause repas, bercés par le glou-glou du ruisseau qui sort de son mini siphon. L’heure tourne, mais rien ne nous arrête, et nous reprenons les bloqueurs pour aller visiter le chantier du méandre des Narcisses, sur notre chemin du retour. Lieu du plus grand espoir de première, car normalement ventilé avec un courant d’air de folie, sans doute pas loin des 100 % du vent de la cavité, avec une potentielle entrée supérieure à trouver. 

La cavité est encore à l’équilibre thermique, car rien ne souffle. Nous en repartons avec le reste des outils abandonnés, pour un chantier en suspend que personne n’ose reprendre, entre l’extrême solitude du creuseur solo, le binôme qui se désagrège, et le désintérêt total des autres… 

Puis, une fois en bas, on reprend encore de la hauteur sur ma nouvelle installation qui mène à la belle cheminée Oxéo. Souvenirs de l’escalade en première et surtout en solo, loin de tout et derrière combien d’étroitures ? 

Toujours sur le retour, avant de repasser LA trémie, petit détour dans les sous-sols de la galerie du Grand-Duc, où nous passons sous des centaines de tonnes de blocs qui forment la voûte… Reste plus qu’à rejoindre la base du puits d’entrée, en empruntant une nouvelle fois la galerie du Biotope. 

Tout au long de la balade, Yannick, conquis par la cavité, apprécie grandement le balisage que j'avais mis en place, vraiment indispensable pour se déplacer et surtout retrouver la sortie. Cette fois, nous avons droit à un bon courant d’air dans le tube de sortie, mais sans commune mesure avec le zef des jours chauds d’été. 

TPST : 6 h 00.