Chrystelle Duparchy, François Jacquier

De passage dans le défilé de Fort l’Écluse, un petit détour pour revisiter les dédales de souterrains creusés sous la montagne à la fin du 19ième. Ces galeries ont pour but de drainer les eaux souterraines afin de stabiliser le massif. En effet, en 1884 une crue phénoménale avait emporté le flanc de la montagne, détruisant du même coup un tronçon important de la ligne ferroviaire entre Bellegarde et Genève. Le creusement de ces tunnels avait fini par recroiser une galerie naturelle parcourue par un ruisseau souterrain. Cette grotte se termine par une suite de siphons connus sur plus d'un kilomètre. Plus modestement nous étions venus dans les années 90 plonger le premier siphon de 130 m. Souvenir d'un gros conduit en montagnes russes et d'une eau très froide, sans oublier un problème d’essoufflement d'un des protagonistes qui aurait pu très mal se terminer...

C'est la première fois que je viens ici à pieds en suivant les berges du Rhône, les premières visites se faisaient en Zodiac, ce qui était beaucoup plus pratique pour acheminer le matériel de plongée. Les ouvrages sont toujours en place et en état, accessible sans aucune restriction. Nous visitons d'abord deux galeries artificielles assez labyrinthiques, dont la plupart des ramifications se terminent en cul-de-sac. Les deux conduits principaux quant à eux doivent rejoindre la partie naturelle de la grotte, mais les sections se resserrent de plus en plus et nous ne sommes pas équipés pour l'aventure. Ces deux conduits sont entièrement empierrés et crépis à l'ancienne, et 130 ans après leurs constructions la nature a repris ses droits en offrant de magnifiques concrétionnements, principalement sous forme de mini gours et perles des cavernes. Des formations qui paraissent fragiles mais qui sont durs comme du béton.
La troisième entrée, la plus importante, est entièrement bétonnée au sol avec des banquettes qui doivent canaliser le flux lors des crues.  La progression est très facile sur environ 300 m avant de croiser la grotte de la Bouna. Sur la droite la galerie se rétrécit rapidement alors que sa sœur de gauche offre des dimensions respectables et gagne notre préférence. Il faut d'abord escalader une courte rampe inclinée équipée d'une corde complètement calcifiée, ça doit dater car les amarrages sont fait sur des plaquettes "Clown" comme on n'en trouve désormais que dans les musées...
Cette partie ressemble un peu à certaines galeries des Foules : parois sombres avec des tons rougeâtres et un sol clair et propre, régulièrement lessivé par le torrent. Les anfractuosités sont remplies de galets multicolores, schistes, micaschistes, granits gris et vert, autant de roches alpines qui rappellent le passé glaciaire de notre région. Ce parcours naturel sera de courte durée car nous rencontrons rapidement une portion plongeante au fond de laquelle miroite un plan d'eau profond. C'est la voûte mouillante qui précède de peu le premier siphon. Les considérations d'un bain glacé sans équipement fournissent un bon prétexte pour retourner vers le soleil !