François Jacquier

Parti au départ pour une simple balade histoire de sortir mon boitier et son 600 mm, je suis surpris par les quantités d'eau qui sortent de partout. Champs inondés, rivières en furie, voilà autant d'éléments qui me poussent à changer mon Canon d'épaule pour m'intéresser à l'état des résurgences. Mes pérégrinations m'ont conduit dans le secteur de Clairvaux, c'est donc l'occasion d'aller voir si le Trou des Gangônes crache par l'entrée.

Non sans avoir dégagé quelques arbres sur la route forestière (la tronçonneuse va bientôt devenir obligatoire dans le coffre...) je me gare au parking habituel, au sommet de la reculée de La Frasnée. Dés la porte ouverte, c'est le grondement du torrent qui m'accueille. Vu d'en haut le Drouvenant est au mieux de sa forme et c'est de bonne augure pour les Gangônes.
Déception pourtant, pas une goutte d'eau dans le lit du torrent !
Je remonte le lit de bloc jusqu'à l'entrée du puits pour constater que le niveau d'eau stagne 2,5 m plus bas que la margelle, environ 1 m plus haut que le premier palier. En quelques minutes le plan d'eau gagne quelques centimètres, j'arrive donc en pleine phase ascendante. Avec un peu de patience je devrais donc assister au débordement final. Ce n'est pas encore pour tout de suite, en attendant je consens à consacrer un peu de temps à mon Canon qui piaffe d'impatience dans son sac, et nous voilà partis, silencieux et aux aguets dans la forêt profonde.
Retour  après un peu plus d'une heure sans avoir vu le moindre client digne d'un cliché. L'eau est remontée de plus d'1,5 m. Curieusement la variation du niveau n'est pas régulière, ça fluctue sans arrêt et de façon perceptible : ça monte de 4 cm et ça redescend de 2, et ainsi de suite.
Après 10 minutes d'attente je perçois des glouglous sous les blocs, encore quelques instants et c'est un petit bruit de cascatelle. C'est fait, ça déborde !
Content d'avoir pu assister à ce phénomène, j'avais déjà vu plusieurs fois le puits cracher à gros débit, mais jamais à l'instant précis du débordement. 
Pour l'instant le ruisseau qui s'échappe n'a rien de phénoménal mais il atteindra probablement son maximum pendant la nuit. D'après les inondations que j'ai croisées en venant sur le bassin d'alimentation dans le secteur d'Etival, ça risque d'être grandiose !

Pour ceux qui ne connaissent pas les Gangônes, le niveau d'eau du siphon à l'étiage est situé plus de 60 m sous l'orifice... Des constats qui doivent faire réfléchir à deux fois quand on s'engage dans certaines cavités sans prendre en compte la météo. Ne pas oublier qu'en fonction de l'étendue du bassin d'alimentation les montées d'eau peuvent intervenir avec plus de 24 heures de décalages, quand on ne se méfie pas et sous un ciel tout bleu... (du vécu !)