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| Les dossiers du SCSC | ||
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| mis à jour le : mardi 8 juillet, 2008 |
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| L'utilisation des balises d'avalanches pour le repérage souterrain | ||
| Éric David et François Jacquier | ||
Fin 1987, une nouvelle "traversée"
souterraine voyait le jour grâce à l'emploi d'une technique
peu connue des spéléologues : Après avoir placé
une balise A.R.V.A. (Appareil de Recherche des Victimes d'Avalanches) au
sommet d'une cheminée proche de la surface située à
un kilomètre de l'entrée du gouffre de la Balme d'Epy, le
Spéléo Club San-Claudien et le Foyer Rural dArinthod
parvenaient à localiser le point d'émission puis à
ouvrir un orifice artificiel donnant sur le réseau connu.
Cet étonnant résultat fit dresser l'oreille à de nombreux
spéléos qui virent en l' A.R.V.A. la solution à bon
nombre de leurs problèmes. En effet, il n'est pas rare qu'un réseau
souterrain possède une cheminée ou un ancien orifice bouché
proches de la surface dont la réouverture faciliterait grandement
les explorations ou l'évacuation d'un blessé. Devant l'intérêt
de la méthode A.R.V.A. et compte tenu du manque total de renseignements
quant à ses performances au travers de la roche, il fut décidé
sous l'égide du Spéléo Secours Français d'entreprendre
une série de test afin de déterminer les limites de l'appareillage
en utilisation souterraine.
Les balises A.R.V.A. sont initialement destinées
aux skieurs hors piste et aux pratiquant de la montagne en général.
De la taille d'un baladeur, elles se portent sous les vêtements à
l'aide d'un baudrier ou d'une ceinture. Elles émettent par intermittence,
environ toutes les secondes, une onde électromagnétique sous
la forme d'un "bip". En cas d'avalanche, l'émetteur et
son propriétaire peuvent être rapidement localisés grâce
à un récepteur calé sur la même fréquence.
On distingue sur le marché deux types d'appareils différents
; d'une part les balises dites "passives" capables de fonctionner
seulement en émission et d'autre part les balises "émettrices/réceptrices"
qui permettent en plus la recherche d'un équipier par simple commutation
d'un sélecteur. Parmi les différents modèles proposés,
citons dans la première catégorie :
- le Snow-Bip, le Snow-Joker et l'Autophon ;
- pour la seconde : l'Arva-4000, l'Orthovox et le Pieps.
Cette liste n'est toutefois pas limitative.
Heureusement pour l'utilisateur, ces différentes marques sont compatibles
entre-elles car elles utilisent toutes la fréquence 457Khz normalisée
à l'échelon européen pour le secours en montagne.
Pour la phase de recherche, les récepteurs sont généralement
équipés d'un buzzer et d'un écouteur permettant de
recevoir les signaux de la victime. L'intensité du signal augmente
ou diminue suivant que l'on s'approche ou que l'on s'éloigne de la
verticale de l'émetteur. De plus, les récepteurs disposent
de plusieurs calibres de sensibilité permettant une localisation
de plus en plus fine du point d'émission.
Notons au passage la possibilité d'adapter sur l'Orthovox un système
de vumètre : le Visovox , dont l'amplitude des fluctuation de
l'aiguille indique la proximité ou l'éloignement de l'émetteur.
Cet accessoire s'est révélé particulièrement
appréciable en milieu bruyant.
On trouvera ces différentes balises d'avalanche dans les principaux
points de vente de matériel de montagne qui les proposent à
la vente ou à la location, solution économique très
répandue dans les stations de sport d'hiver.
Les prix de vente sont de l'ordre de 50€ pour une balise "passive"
et de 300€ pour un "émetteur/récepteur".
Caractéristiques
de l'Arva 4000 :
(à titre d'exemple)
| Fréquences d'émission | 457Kh et 2,275Khz simultanément |
| Portée sur 457Khz | 25 à 45m |
|
Écoute |
Buzzer incorporé ou écouteur piézoélectrique |
| Alimentation électrique | Deux piles 1,5 volt type R6 |
| Autonomie | 300 heures d'émission 200 heures de réception |
| Test de piles | Clignotant rouge si les piles ont une tension supérieure ou égale à 2 volts |
| Température d'utilisation | De -20° à +50°C |
|
Étanchéité |
au ruissellement |
| Dimensions | 80 x 120 x 23mm |
| Poids | 240 grammes |
Conseils d'utilisation en milieu souterrain :
De toute évidence , afin d'établir
le repérage en surface d'un point souterrain, il faut disposer au
moins d'un émetteur placé dans la cavité et d'un récepteur
à l'extérieur.
Toutefois, la multiplication des récepteurs de recherche et des utilisateurs
garantira un résultat plus rapide et plus sûr.
Avant toute tentative, on s'assurera de l'état des piles, de la bonne
marche et de la compatibilité des appareils utilisés.
Une topographie précise de la cavité et un report sur une
carte donneront un gain de temps important en réduisant le secteur
de recherche.
Il est également vivement conseillé, avant de se lancer dans
une recherche réelle de "se faire l'oreille" et de bien
maîtriser la méthode de localisation en effectuant quelques
essais dans une grotte connue.
Les "durs de la feuille" seront écartés d'office,
car il faut signaler qu'au delà d'une certaine profondeur d'enfouissement
de l'émetteur (15m environ), le signal reçu est à la
limite de l'audibilité.
Les porteurs de montres à quartz devront également se méfier,
en effet, certaines peuvent émettre des "bip-bip" parasites,
on captera alors des signaux à des kilomètres de l'émetteur,
même quand celui-ci n'est pas en fonctionnement. Étonnant non
?
Méthode de recherche sur le terrain :
Après avoir convenu d'un créneau
horaire d'émission avec l'équipe chargée de la mise
en place de la balise souterraine, on quadrillera le terrain préalablement
déterminé par le report topographique jusqu'à capter
un premier signal.
À partir de cet instant, on a la certitude d'être à
moins de quarante mètres de la verticale de l'émetteur.
Le point du premier signal sera balisé sur le terrain.
Depuis ce point, on se déplacera sur quatre directions perpendiculaires
jusqu'à déterminer celle correspondant à un accroissement
du "bip".
On continuera sur cet axe jusqu'à trouver le point de disparition
de l'écho. Ce deuxième point sera également balisé.
En mesurant avec un décamètre, on déterminera le milieu
des deux points balisés. Ce point correspond normalement à
la réception maximum dans cette première phase de recherche.
Après avoir réduit la sensibilité, on repartira sur
un nouvel axe perpendiculaire en cherchant toujours les deux points de disparition
du signal.
On répétera la même opération en réduisant
à chaque fois le calibre de sensibilité du récepteur
jusqu'à atteindre le calibre minimum perceptible.
Le milieu des deux derniers points correspond théoriquement à
la verticale de l'émetteur.
Toutefois, dans la pratique, sur un terrain accidenté, pentu et boisé,
les choses ne se passent pas toujours de façon si évidentes,
il faudra alors improviser...
Une deuxième recherche avec un second opérateur viendra confirmer
ou non la précision du point d'émission supposé.
Vingt trois essais ont été effectués
dans différentes cavités jurassiennes dont l'épaisseur
de roche de couverture était initialement connue par mesures topographiques.
Au gouffre de la Balme d'Epy, la profondeur de l'A.R.V.A. n'a été
connue qu'après percement d'un puits artificiel de 3,2m.
Notons également le cas de la perte du Lac de L'Abbaye où
l'épaisseur de la couverture rocheuse n'a pu être connue avec
précision faute de percement.
Sans chercher à faire des tests comparatifs sur le matériel
disponible sur le marché, nous avons utilisé diverses combinaisons
entre des émetteurs et des récepteurs compatibles, à
savoir : Deux Arva 4000, deux Snow-Bip, deux Orthovox et un Visovox.
Chaque essai a été effectué à plusieurs reprises
et par plusieurs opérateurs différents.
Tous les résultats ont été enregistrés et nous
sommes en mesure de reproduire ci-après le tableau récapitulatif
des essais positifs.
|
N° d'essai |
Epaisseur de roche | Rayon d'émission | Incertitude | Emetteur | Récepteur |
| 1 | 3,2m | 23m | 0,5m | Orthovox | Arva 4000 |
| 2 | 7,0m | 40m | 1,0m | Orthovox | Arva 4000 |
| 3 | 7,0m | 40m | 1,0m | Arva 4000 | Visovox |
| 4 | 8,0m | 30m | 0,5m | Orthovox | Arva 4000 |
| 5 | 10m | 20m | 0,5m | Orthovox | Arva 4000 |
| 6 | 11m | 18m | 0,5m | Orthovox | Arva 4000 |
| 7 | 12m | 20m | 0,5m | Orthovox | Arva 4000 |
| 8 | 13m |
- |
1,0m | Orthovox | Arva 4000 |
| 9 | 13m | - |
1,0m |
Orthovox | Visovox |
| 10 | 14m | 23m | 1,0m | Orthovox | Arva 4000 |
| 11 | 14m | 20m | 1,0m | Snow-Bip | Arva 4000 |
| 12 | 19m | 10m | 1,5m | Snow-Bip | Arva 4000 |
| 13 | 19m | 10m | 1,5m | Orthovox | Arva 4000 |
| 14 | 19m | 10m | 1,5m | Orthovox | Visovox |
| 15 | 22,5m | 6m | 1,5m | Orthovox | Arva 4000 |
| 16 | 22,5m | 20m | 1,5m | Orthovox | Visovox |
| 17 | 22,5m | 4m | 1,5m | Snow-Bip | Arva 4000 |
| 18 | 22,5m | 6m | 1,5m | Arva 4000 | Arva 4000 |
| 19 | 28m | 4m | 3m | Orthovox | Arva 4000 |
| 20 | 28m | 10m | 2,5 | Orthovox | Visovox |
| 21 | 28m | 10m | 2,5m | Arva 4000 | Visovox |
Interprétation des résultats :
a) Tous les essais se sont avérés
négatifs au delà de 28m de profondeur.
b) On peut remarquer que le rayon d'émission (portée de l'émetteur)
diminue quand la profondeur de l'émetteur croît, l'étude
de cette variation permet d'établir approximativement une courbe
donnant les limites du système A.R.V.A. en utilisation souterraine.
(voir abaque ci-dessous)

c) En toute logique, on observe également
que la précision de la recherche est de plus en plus incertaine au
fur et à mesure de l'enfouissement de l'émetteur.
De plus, rappelons que la perception du signal approche du seuil de l'audibilité
à partir de 15m de profondeur, ces deux facteurs associés
limitent sérieusement les chances de réussite d'un percement
direct au delà de cette profondeur.
d) La diversification dans l'emploi des différents émetteurs
et récepteurs n'a pas donné de résultats flagrants.
Notons toutefois que le système VISOVOX semble accroître sensiblement
le périmètre de réception sans pour autant donner une
meilleure précision.
e) Les différences de hauteurs libres des galeries ne semblent pas
avoir influencé particulièrement les résultats.
Les ondes électromagnétiques paraissent passer aussi bien
à travers l'air que la roche.
Une autre observation semble conforter cette hypothèse, en effet,
à l'occasion de plusieurs essais, la balise émettrice a été
déposée à une trentaine de mètres seulement
de la base du puits d'accès or pendant la phase de recherche en surface
nous n'avons pas constaté de "fuites" particulières
à proximité de l'orifice naturel.
Certes, la balise A.R.V.A.
n'est pas une panacée, ses performances relativement faibles limitent
d'autant son créneau d'utilisation. Toutefois, avec son prix abordable,
son volume réduit et sa facilité d'emploi, le spéléo
moyen peut désormais compter avec elle.
Si la phase de localisation se trouve grandement facilitée, la phase
de percement risque de poser le véritable problème aux utilisateurs
de burins et de marteaux que nous sommes. Pour une garantie de réussite,
le spéléo amateur limitera ses tentatives aux seuls cas où
la galerie recherchée présente des signes précurseurs
de la surface (racines ou terre végétale)
En revanche, les organismes disposant de gros moyens peuvent envisager l'utilisation
de la même balise dans la tranche des 15m et plus. Cette méthode
peut offrir d'intéressantes perspectives lors d'opérations
de secours spéléos ou miniers. Elle offre également
de nouvelles possibilités aux terrassiers et tunneliers pour une
recherche d'eau par exemple.
Avec une puissance accrue et une possibilité de recherche directive
(genre goniomètre s'orientant sur l'émetteur, les balises
A.R.V.A. atteindraient leurs lettres de noblesse. Il semblerait d'ailleurs
qu'une nouvelle génération de balises soit en préparation.
Cette nouvelle race comporterait entre autre une antenne directrice permettant
une localisation plus rapide de la victime (d'après "La Montagne"
N°1/ 88)
Après la corde nylon et la méthode "Jumar", la balise
d'avalanche vient grossir la liste du matériel de montagne emprunté
puis adapté aux besoins des spéléos.
Nous remercions particulièrement pour
leurs aides logistiques et financières :
- Option S.A.
- Spélémat
- Le Spéléo
Secours Français
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